Renoncer aux pesticides, une fausse bonne idée
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Renoncer aux pesticides, une fausse bonne idée

L’État indien du Sikkim a banni les pesticides de synthèse et les engrais minéraux depuis 2016. Les médias occidentaux citent volontiers cet exemple pour affirmer que le passage à une agriculture 100% biologique fonctionne. Or, cela ne reflète pas la réalité. Ne disposant pas de moyens adaptés pour combattre les parasites, les paysans sont confrontés à d’énormes pertes de récoltes. Inspiré par des activistes indiens, le Sri Lanka s’était lui aussi lancé sur la voie de l’interdiction des pesticides. Il a fait marche arrière en novembre 2021, après seulement six mois, suite à des pertes de récoltes et en termes de qualité, mais aussi au doublement des prix des aliments de base.

lundi 22 novembre 2021

Le Sikkim est un État indien situé au sud de l’Himalaya. Avec 600 000 habitants et une surface juste supérieure à 7000 km2, il est l’un des États les plus petits du pays. Le Sikkim a commencé à passer à l’agriculture sans pesticides en 2010. Depuis 2016, les pesticides de synthèse et les engrais minéraux sont interdits. Les médias européens et les amis de l’écologie se montrent enthousiastes; le Sikkim est souvent cité comme exemple d’agriculture exempte de pesticides. Or, comme le constate Ludger Wess dans son article pour le blog «Salonkolumnisten», les paysans locaux luttent contre de graves problèmes liés à l’interdiction des pesticides. Ils ne peuvent plus lutter efficacement contre les cochenilles, les chenilles, les punaises et autres ravageurs. Ils se retrouvent également pieds et poings liés contre les maladies fongiques.


Des pertes massives de récoltes

Les conséquences sont dramatiques. Ainsi, la récolte de gingembre a reculé de deux tiers par rapport aux saisons précédentes. Le maïs et les légumineuses ne sont pas épargnés par ce phénomène: les récoltes qui atteignaient 470 à 500 kg par hectare sont passées entre 130 et 140 kg. Par rapport à l’époque où les pesticides étaient encore autorisés, les paysans témoignent de pertes allant de 25 à 50% pour ce qui est des oranges et de la cardamome et de plus de 50% pour les tomates. Comme l’indique l’auteur, les journaux indiens parlent de fiasco. Le Sikkim ne produit plus que 20% de ses besoins en riz. Pour le blé, la production est passée de plus de 21 000 tonnes à 3500 tonnes. Le principal produit d’exportation est la cardamome. Alors qu’en 2004, 5400 tonnes étaient produites, cette quantité a chuté à 4000 tonnes en 2015. Le Sikkim est dépendant des importations alimentaires des États voisins pratiquant l’agriculture conventionnelle. Certes, l’importation d’aliments était déjà nécessaire avant le passage à l’agriculture sans pesticides, mais cette part risque encore d’augmenter.


Les victimes? Les paysans du Sikkim

Ludger Wess continue en expliquant que les importations de fruits et de légumes traités aux pesticides auraient dû être interdites dès avril 2018. Mais, les prix ayant été multipliés par six, des voix s’élevèrent pour protester. Les commerçants se rebellèrent. Le gouvernement fit alors marche arrière et nombre de produits conventionnels des États voisins restèrent autorisés. En fin de compte, les victimes sont les paysans du Sikkim. Leurs produits bio sur ordre du gouvernement doivent se partager les étals avec les produits conventionnels moins chers. Et comme ailleurs, les consommateurs achètent les produits bon marché. De plus, le gouvernement imposant une limite supérieure au prix des produits bio, les paysans ne peuvent pas vendre leur maigre récolte plus cher. Le passage à l’agriculture bio présente certes des avantages. Les paysans bénéficient, pour la première fois, de connaissances sur la biologie des ravageurs, les besoins en nutriments des plantes ou de l’écologie des sols. À long terme, cela pourrait mener à de meilleures récoltes. Mais le Sikkim ne peut prétendre à faire office de modèle pour une agriculture européenne exempte de pesticides.

Après seulement six mois, le Sri Lanka renonce à l’agriculture sans pesticides

Le 21 novembre 2021, le Sri Lanka a renoncé à devenir la première agriculture entièrement biologique au monde. Le pays a annoncé autoriser à nouveau et avec effet immédiat l’importation de pesticides et d’autres moyens de production agricole. Le mois précédent, les autorités avaient déjà mis fin aux limitations concernant l’importation d’engrais pour le thé, le produit que le pays exporte le plus. Avant des protestations planifiées dans la capitale, le ministère de l’agriculture avait déjà annoncé qu’une interdiction globale de tous les produits chimiques agraires, y compris les herbicides et les pesticides, serait levée. «Nous allons autoriser les moyens chimiques nécessaires d’urgence», avait indiqué le secrétaire ministériel. «Nous avons pris cette décision au vu de la nécessité de garantir la sécurité alimentaire.» Au cours des semaines précédentes, la pénurie alimentaire s’était aggravée et le prix du riz, des légumes et d’autres aliments de base avait doublé sur l’ensemble de l’île. Les supermarchés avaient même rationné la vente de riz.

L’économie privée au secours de Cuba

Dans la «Schweiz am Wochenende» du 17 avril dernier, Klaus Ehringfeld parvient au constat suivant: «Avec la pandémie, ce qui a semblé impossible à Cuba pendant des années est devenu très vite réalité.» Il se référait à la fin du communisme. La souffrance économique et la pression sociale croissante pour une meilleure vie devenaient trop fortes. «Les protestations, menées par des artistes, pourraient mener à une véritable révolte si l’approvisionnement devait continuer de se détériorer.» Selon lui, l’économie privée doit se charger de ce dont l’État est incapable, à savoir fournir à la population ce dont elle a besoin au quotidien.

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