«La biotechnologie et la protection de l’environnement vont main dans la main»
Teresa Koller est chercheuse à l’Institut de microbiologie et de physiologie végétale de l’Université de Zurich. Pour elle, protection de l’environnement et génie génétique vert ne sont pas incompatibles. Les humains tombent malades. Mais de nombreuses personnes ne s’imaginent pas que les plantes aussi peuvent souffrir de pathologies. Et comme nous, elles ont besoin d’être protégées contre les agents pathogènes. La lutte contre les maladies et les nuisibles fait partie du quotidien pour des millions d’agriculteurs à travers le monde.
Publié: 12.11.2020, 10:14 | Mis à jour: 07.03.2022, 10:02
À l’Institut de biologie végétale et microbiologie de l’Université de Zurich (UZH), l’immunité des céréales est un thème de recherche qui nous occupe depuis de nombreuses années. Le but de nos travaux est de mieux comprendre les multiples interactions entre les plantes et les agents pathogènes afin d’aider les plantes à mieux se défendre contre les maladies et les ravageurs. Entre le système immunitaire de la plante et l’agent pathogène, c’est une course permanente qui se joue. Les chercheurs en biologie végétale aident les agriculteurs à garder des cultures en bonne santé.
Les maladies fongiques par exemple peuvent entraîner d’importantes pertes de récolte. Les agriculteurs ont différents moyens pour s’en prémunir. Les produits phytosanitaires sont des médicaments pour les végétaux avec un système immunitaire trop faible pour lutter contre les ravageurs. Le mieux encore est bien sûr d’éviter que la plante soit infestée. À l’Institut de biologie végétale et microbiologie, nous cherchons des moyens pour permettre au système immunitaire des plantes d’être paré. Grâce à la biotechnologie, et en particulier au ciseau moléculaire CRISPR/Cas9, nous pouvons aider des plantes à gagner durablement la bataille contre les ravageurs.
Aujourd’hui, nous sommes capables de prélever sur certaines variétés de blé des gènes de résistance à des maladies cryptogamiques tels l’oïdium et la rouille. Nous les incorporons ensuite au génome d’autres variétés de blé ou d’autres plantes, comme l’orge ou le maïs. Résultat: la plante développe une immunité à la maladie cryptogamique. Sur notre champ expérimental de Reckenholz, nous cultivons du blé, du maïs et de l’orge transgénique. Il est fascinant de voir ces plantes rester d’un vert intense, contrairement à leurs congénères qui ne sont pas protégées. Il n’y a évidemment aucune crainte à avoir pour l’environnement. Nous ne faisons que reproduire à l’identique ce qui s’opère dans la nature, sans toutefois devoir attendre des croisements au hasard sur plusieurs générations.
Pendant ma jeunesse, j’ai été membre de Greenpeace. La protection de l’environnement est une cause qui me tient très à cœur. Le rejet militant de la biotechnologie est dommage selon moi. Le GenTech évoque souvent un super légume cultivé artificiellement. La réalité est tout autre. La biotechnologie n’est pas la panacée, mais elle n’est pas non plus le diable. Elle est un procédé parmi bien d’autres qui peut contribuer à la santé des végétaux. La protection de l’environnement et la biotechnologie ne sont, pour moi, absolument pas antagoniques. Au contraire, elles vont main dans la main: avec la biotechnologie, on peut ainsi diminuer la consommation d’eau ou de terres, ou encore réduire l’emploi des pesticides. La société doit revoir sa position sur les nouvelles méthodes de biotechnologie pour le bien du climat et de l’environnement. Pour cela, il faut informer et dialoguer ouvertement. Une tâche à laquelle j’aimerais me consacrer davantage dans le futur à côté de mon activité de recherche.
Dr. Teresa Koller travaille à l’Institut de biologie végétale et microbiologie de l’Université de Zurich. Image: Madeleine Schoder/Landbote.
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