Premier pas vers la sortie du blocage sur l’utilisation des OGM

Premier pas vers la sortie du blocage sur l’utilisation des OGM

Le Conseil des États s’est prononcé en faveur d’un assouplissement du moratoire sur l’utilisation des OGM. Il a certes décidé de le prolonger de quatre ans supplémentaires, mais en prévoyant une exception: les organismes génétiquement modifiés, dans lesquels aucun matériel génétique étranger n’a été introduit, sont exclus du moratoire.

Publié: 07.12.2021, 12:55

Dans la politique suisse, le moratoire sur l’utilisation des OGM est un tabou. Il a longtemps semblé parfaitement inenvisageable de le modifier. Mais comme le rapporte le Tages-Anzeiger, le Conseil des États a créé la surprise en se prononçant en faveur d’un assouplissement de la législation sur les plantes génétiquement modifiées. Il autorise ainsi la culture de plantes génétiquement modifiées qui ne contiennent aucun matériel génétique étranger à l’espèce (transgènes), mais uniquement des informations génétiques propres à l’espèce (cisgènes).

Avec cette décision, le Conseil des États a ouvert la voie à de nouvelles techniques de culture comme l’édition génomique, qui permet d’activer et de désactiver des gènes dans le patrimoine des plantes de manière nettement plus ciblée qu’avec les précédents procédés. Elle est notamment bien plus efficace que la sélection par mutation non ciblée, qui implique d’exposer les plantes à des rayons radioactifs ou de les traiter chimiquement. L’édition génomique ne remplace pas la culture classique de nouvelles variétés censées disposées d’un grand nombre de propriétés, mais elle peut néanmoins par exemple armer des variétés éprouvées et appréciées de propriétés défensives ciblées.


Un signe en faveur de la recherche

C’est à l’engagement de scientifiques directement concernés que l’on doit cette décision spontanée d’assouplir la législation. Selon le Tages-Anzeiger, près de 70 chercheuses et chercheurs de diverses hautes écoles et universités suisses ont milité contre une prolongation du moratoire sur l’utilisation des OGM. Leur message: toute la sphère scientifique s’accorde à dire que les plantes génétiquement modifiées ne représentent pas plus de risques que les plantes cultivées de manière classique.

Cette décision peut donc être interprétée comme une prise en compte des revendications de la recherche suisse. Car depuis que le pays a été écarté du programme de recherche Horizon Europe, les institutions de recherche suisses sont confrontées à certains problèmes. La décision du Conseil des États pourrait donc permettre aux chercheuses et chercheurs suisses dans le domaine de la biotechnologie de regagner en attractivité. Les entreprises du secteur s’en réjouissent également, car elles auront désormais la possibilité de mettre des produits sur le marché.


Les contradictions des opposants au génie génétique

Malgré la décision du Conseil des États, il faudra probablement attendre encore des années avant de voir sur les étals des magasins d’alimentation des plantes cultivées par édition génomique. Il faut d’une part que le Conseil national suive le Conseil des États. D’autre part, les procédures d’homologation pour les variétés végétales produites par édition génomique sont très contraignantes. Il faudrait que les producteurs puissent prouver que leurs plantes ne constituent aucun risque pour l’homme ni pour l’environnement. De l’avis du Tages-Anzeiger, l’assouplissement ne devrait donc avoir aucune conséquence pratique dans un premier temps.

Cette décision a cependant permis d’ouvrir une nouvelle perspective dans le débat: l’édition génomique des variétés végétales doit être considérée comme une opportunité, et non comme un risque. Le recours à de nouvelles méthodes de culture pour protéger les récoltes devient indispensable, précisément en raison du changement climatique et de la nécessité de protéger l’environnement. Il apparaît donc très surprenant que la défiance par rapport au génie génétique soit encore aussi prononcée, notamment dans les milieux écologiques. Puisque leurs représentants sont les premiers à mettre en garde contre les conséquences du changement climatique, ils devraient accueillir positivement toutes les technologies respectueuses de l’environnement. Ces mêmes cercles brandissent par ailleurs le droit au recours des organisations pour bloquer l’homologation de nouveaux produits phytosanitaires plus performants et plus écologiques. Mais se contenter de dire «non» constamment ne permettra pas d’aboutir à une agriculture plus durable.

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