La tomate espagnole bon marché appartient au passé – place à l’innovation

La tomate espagnole bon marché appartient au passé – place à l’innovation

Moins de produits phytosanitaires, une pression croissante des ravageurs et des distributeurs qui exigent des prix bas : la production maraîchère espagnole est confrontée à un dilemme qui concerne également la Suisse. La seule issue passe par l’innovation variétale et la numérisation.

Publié: 15.06.2026, 17:41

Environ un tiers des importations suisses de légumes provient d’Espagne, dont une grande partie de la « mer de plastique » autour d’Almería, la plus vaste région de cultures sous serre au monde. Une enquête récente de Swissinfo montre que le modèle de la tomate bon marché est aujourd’hui sous pression – pour des raisons qui concernent aussi directement la Suisse.

D’un côté, la boîte à outils des producteurs se réduit. En vingt-cinq ans, l’Union européenne a diminué de plus de moitié le nombre de substances actives autorisées en protection des cultures, passant de plus de 1 000 à environ 500. Dans le même temps, les distributeurs imposent leurs propres normes, souvent assorties de limites de résidus encore plus strictes, tout en refusant d’augmenter les prix de vente.

« Tout le monde veut parler de durabilité, mais continue à exiger des prix très bas dans les rayons », explique à Swissinfo le producteur espagnol José Antonio Cánovas Zafra. Même une hausse de quatre centimes d’euro par kilogramme de melons est difficile à faire accepter aux distributeurs.

Cette situation n’est durable pour personne. La durabilité repose sur trois dimensions – environnementale, sociale et économique – mais les deux dernières sont souvent négligées ou interprétées de manière trop restrictive. Une véritable durabilité n’existe que lorsqu’elle profite à l’ensemble de la chaîne de valeur et peut être maintenue dans le temps.


Un nouveau pathogène tous les deux ans

Ces contradictions ne disparaîtront pas d’elles-mêmes. « Un nouveau pathogène végétal apparaît tous les deux ans », explique Uri Krieger, responsable de la recherche en semences potagères chez Syngenta. La diminution des solutions phytosanitaires disponibles coïncide donc avec une pression croissante des maladies et des ravageurs.

Le dilemme est clair : si l’on demande aux producteurs de réduire les traitements, il faut leur offrir des alternatives plus coûteuses – mais personne ne semble prêt à les financer.

La solution passe par la technologie et les entreprises qui la développent, comme Syngenta. Au cœur de la « mer de plastique » d’El Ejido, l’entreprise a ouvert un centre de recherche destiné à détecter rapidement les nouvelles maladies et à développer en un temps record des variétés résistantes. Ces variétés peuvent remplacer partiellement les produits phytosanitaires ou en réduire fortement l’utilisation.

Grâce aux marqueurs génétiques, Syngenta est parvenue à réduire le temps nécessaire au développement d’une variété résistante de six ou sept ans à seulement trois ou quatre ans. Une approche pragmatique lorsqu’on sait qu’un seul nouveau produit phytosanitaire coûte environ 300 millions de dollars et nécessite douze années de développement et d’essais.

La numérisation joue également un rôle central. La coopérative Vicasol, qui regroupe les producteurs de la région, a investi six millions d’euros dans le tri assisté par intelligence artificielle et l’automatisation du traitement des récoltes. Certaines lignes de production ont ainsi réduit leurs coûts de main-d’œuvre d’environ un tiers.

Pour la Suisse, la leçon est simple : il est impossible d’obtenir simultanément des prix bas en magasin et une durabilité profitable à tous les acteurs de la chaîne de valeur sans en assumer le coût. Si les outils phytosanitaires traditionnels sont réduits, ils doivent être remplacés – faute de quoi les ravageurs seront les seuls gagnants.

Ce remplacement est assuré par des entreprises comme Syngenta grâce à des variétés plus résistantes, ainsi que par l’ensemble de la filière grâce à la numérisation. Pour que ces solutions puissent déployer leur potentiel, elles ont besoin d’un cadre réglementaire favorable, notamment en ce qui concerne les nouvelles techniques de sélection végétale. Freiner l’innovation ne fait qu’aggraver le problème au lieu de le résoudre.

Pour atteindre une durabilité réelle, mesurable et efficace dans l’utilisation des ressources, il faut davantage de technologie, et non moins.

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