Recul dramatique du nombre de produits phytosanitaires autorisés
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Recul dramatique du nombre de produits phytosanitaires autorisés

La palette de produits phytosanitaires à disposition des agriculteurs suisses se rétrécit de plus en plus. De nombreux principes actifs disparaissent du marché sans que, dans le même temps, la Confédération n’en autorise de nouveaux. L’Union suisse des paysans demande de mettre un terme à la pratique d’homologation actuelle. À défaut, la production d’aliments en Suisse est menacée.

mardi 17 janvier 2023

Comme l’écrit le «Tages-Anzeiger», la palette de principes actifs dont disposent les agriculteurs en Suisse pour protéger leurs cultures rétrécit comme peau de chagrin. Swiss-food aussi s’en est fait l’écho dans un bulletin d’information. En 2005, 435 principes actifs étaient encore autorisés. En 2022, leur nombre n’était plus que de 327. Ce recul s’explique par le durcissement des normes environnementales. Par ailleurs, la Suisse doit, de facto, emboîter le pas à l’UE lorsque celle-ci retire son homologation à un produit. Actuellement, plus de 700 demandes d’autorisation attendent d’être examinées. Nul ne sait si et quand les autorisations seront accordées. Une chose est sûre : les autorités ne sont actuellement pas en mesure de traiter les demandes d’homologation en temps utile. Cela nuit non seulement à la production suisse, mais aussi, in fine, aux consommateurs qui souhaitent des produits de la région. Une situation insatisfaisante, à laquelle les dotations en personnel approuvées par le Parlement dans le budget 2023 ne devrait guère remédier. La situation pourrait même s’aggraver dans le futur.

Nouvelle ordonnance restrictive

En effet, dès le 1er février, de nouvelles règles décidées par le Conseil fédéral entreront en vigueur. Elles indiquent le moment auquel les autorités doivent réexaminer l’homologation d’un produit phytosanitaire déjà autorisé. De l’avis de David Brugger de l’Union suisse des paysans, les dispositions contenues dans la nouvelle ordonnance sont disproportionnées. À l’avenir, une autorisation devra être réexaminée 1) lorsqu’un dépassement est constaté dans au moins trois cantons en l’espace d’un an, 2) lorsqu’un dépassement est constaté au moins lors de deux années sur une période de cinq ans consécutifs et 3) lorsqu’un dépassement est constaté dans au moins cinq pour cent des captages d’eau potable ou dix pour cent des stations de mesure des eaux superficielles.

Des récoltes en baisse, des importations en hausse

L’Union suisse des paysans estime qu’en raison de ces nouvelles règles, de nouveaux produits phytosanitaires se verront retirer leur autorisation. C’est un problème sachant qu’aujourd’hui déjà, certaines cultures ne peuvent plus être protégées efficacement faute de principes actifs. Y figurent les légumes crucifères, les haricots, le colza ou les arbres fruitiers. Pour certaines cultures, les agriculteurs ne disposent plus que d’une à deux substances actives. Cela ne suffit pas pour prévenir l’apparition de résistances. Cette nouvelle législation restrictive menace les récoltes en Suisse. À terme, elle fera augmenter les importations. Il n’est pas sûr non plus qu’elle serve l’environnement. Il serait plus efficace d’autoriser de nouveaux produits phytosanitaires respectueux de l’environnement et comportant moins de risques. La pratique actuelle a pour effet de faire disparaître des produits du marché sans en autoriser de nouveaux.


Risques diminués de moitié

Les associations environnementales mettent souvent en avant le principe de précaution pour défendre la pratique d’homologation restrictive actuelle. Dans le «Tages-Anzeiger», Tobias Herbst d’Aqua Viva déclare: « Il ne saurait y avoir une deuxième affaire Chlorothalonil. » Dans de nombreux cas, le principe de précaution manque pourtant sa cible : au lieu de prononcer des interdictions, il vaudrait mieux apprendre à composer avec les risques. Car sans gestion des risques, aucun progrès ne serait possible. De fait, au cours des dernières années, l’agriculture a accompli de grands progrès en la matière. Selon l’Office fédéral de l’agriculture, le risque de pollution des nappes phréatiques a diminué de moitié par rapport aux années 2012 à 2015. Les mesures décidées par le Parlement dans le cadre de la trajectoire de réduction des risques découlant de l’utilisation des pesticides déploient leurs effets. Mais les autorités ne doivent pas seulement protéger l’environnement. Elles ont aussi l’obligation de veiller à la protection des cultures. C’est d’autant plus vrai que le thème de la sécurité de l’approvisionnement, y compris dans l’agriculture, gagne en importance dans la population suisse. C’est ce que révèle un sondage réalisé dans le cadre du dernier Rapport agricole.

Précisions sur le Chlorothalonil

Affirmer qu’« il ne saurait y avoir une deuxième affaire Chlorothalonil » laisse entendre que les eaux suisses vont mal. Le contraire est vrai : la qualité de l’eau en Suisse est bonne et l’eau du robinet peut être bue sans crainte. Mais les comptes rendus réguliers des médias sur les résidus de Chlorothalonil dans l’eau potable suisse et les risques qu’ils feraient courir à l’homme et à l’environnement ont, on le comprend, effrayé la population suisse. Syngenta, qui est l’entreprise la plus touchée par l’interdiction, estime que l’administration a pris des décisions contradictoires et que la communication et l’information qui ont suivi ces décisions ont inutilement entamé la confiance dans l’eau potable. L’industrie en Suisse doit pouvoir s’attendre à des décisions claires et scientifiquement fondées des autorités. C’est pourquoi Syngenta a interjeté recours auprès du Tribunal administratif fédéral. La décision du TAF n’est pas encore tombée.

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